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Parler le langage universel des affaires

Fasken
Temps de lecture 8 minutes

Perspectives de la Capitale

Pour naviguer les complexités des opérations commerciales entre le Canada et la Chine, il est utile de pouvoir parler la langue de toutes les parties concernées, mais il est encore plus important de connaître à fond les lois des deux pays.

Yufei Luo, avocate du bureau d'Ottawa, est tout aussi à l'aise dans un pays comme dans l'autre, car elle parle couramment le mandarin, le cantonais et l'anglais. Elle a grandi à Guangzhou, ville portuaire achalandée, à quatre heures de route de Hong Kong, et a fait ses études à Beijing, à Guangzhou, à Kuala Lumpur et à Toronto. Elle a obtenu une maîtrise en droit au Canada et en Chine.

Avant de s'établir au Canada, Yufei a travaillé dans l'un des plus prestigieux cabinets juridiques de la Chine où elle conseillait des entreprises chinoises et nord-américaines de premier plan sur les lois chinoises applicables aux investissements étrangers, aux prêts commerciaux, ainsi qu'au droit des sociétés et au droit de l'emploi.

Il y a quelques années, Yufei a suivi sa famille venue s'établir au Canada et s'est préparée à son admission au Barreau de l'Ontario. Aujourd'hui, elle est avocate admise aux barreaux en Chine et au Canada spécialisée en fusions et acquisitions, en capitaux privés et en droit des sociétés.

Nous nous sommes entretenus avec elle sur la pratique du droit entre deux nations et cultures.

Q : Qu'est-ce qui vous attire dans la pratique du droit?

Yufei : Ce que j'aime est l'art de passer de l'abstrait au concret et vice versa - établir chacun des faits en cause, les analyser et les synthétiser pour trouver la meilleure façon d'appliquer la loi. J'aime cet exercice. C'est d'ailleurs ce que font les avocats quotidiennement d'une façon ou d'une autre, quel que soit leur domaine de pratique.

Q : Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser en fusions et acquisitions?

Yufei : Quand j'ai commencé à pratiquer en Chine, le contexte juridique de l'investissement à l'étranger faisait l'objet d'importants changements. De nouvelles lois et politiques avaient été instaurées pour resserrer les restrictions aux fusions d'investisseurs étrangers avec des entreprises chinoises locales. Ces changements ont eu d'importantes conséquences pour les investisseurs étrangers souhaitant tirer parti d'industries chinoises clés et d'entreprises chinoises cherchant à accéder à du capital étranger par une introduction indirecte en bourse. Au début de la mise en œuvre des nouvelles lois et politiques et pendant un certain temps par la suite, il y avait peu de directives d'application et d'interprétation. Il y avait donc une forte demande pour les avocats pratiquant dans le domaine des fusions et des acquisitions et c'est ce qui m'a amenée à pratiquer dans ce domaine.

Q : Quelle valeur ajoutée apportez-vous aux clients en raison de votre expérience de travail et la maîtrise des langues?

Yufei : La complexité accrue des opérations transfrontalières, vu la nécessité de composer avec des systèmes juridiques différents et, particulièrement, des cultures différentes, requiert de faire appel à des avocats pouvant mobiliser toutes les parties concernées dans le processus de négociation, le tout avec ouverture d'esprit. Nos clients considèrent les avocats non seulement comme des conseillers juridiques, mais aussi comme partenaires d'affaires essentiels. La combinaison de mon expérience et de mes connaissances aide mes clients et mon équipe à bâtir un tel partenariat. 

Q : Les négociations relatives à l'ALENA et à un nouvel Accord sur le PTP font la une ces jours-ci. Quels sont, selon vous, les plus importants défis des entreprises et les possibilités les plus intéressantes pour celles-ci de nos jours?

Yufei : Je pense que les petites et moyennes entreprises canadiennes subissent des pressions pour aller voir ailleurs qu'en Amérique du Nord, compte tenu de l'incertitude entourant les négociations de l'ALENA. Cela représente une occasion pour les gouvernements du Canada et de la Chine de faire progresser les négociations de libre-échange.

Bien que les Canadiens demeurent divisés sur la façon dont un accord commercial pourrait bénéficier l'ensemble de l'économie du Canada, nous devrions simplement laisser le marché orienter notre décision.

Il y a de plus en plus d'opérations et de collaboration à différents niveaux entre les deux pays et le défi pour les entreprises des deux pays est toujours de savoir comment tirer parti des systèmes économiques et politiques différents en identifiant et en mettant l'accent sur leurs multiples points communs.

Q : Quelles fausses idées les entreprises de chaque pays entretiennent-elles à cet égard?

Yufei : Nous entendons souvent parler de la perception que les entreprises canadiennes ont de la Chine : manque de transparence du gouvernement, préjugés contre les entreprises étrangères, système judiciaire bureaucratique, entre autres. Mais la situation s'est beaucoup améliorée. Prenons par exemple l'évolution de la Chine en matière de protection de la propriété intellectuelle (« PI »), domaine longtemps ouvertement critiqué par les entreprises occidentales. Au fur et à mesure que la Chine se transforme en économie sophistiquée et orientée vers l'innovation, le pays se classe au premier rang quant au nombre de demandes de brevets.

Des tribunaux spécialisés en PI ont été créés dans la plupart des grandes villes de la Chine, ce qui est susceptible de permettre la résolution de conflits à des coûts moins élevés que dans d'autres pays, comme les États-Unis. De plus en plus d'entreprises étrangères choisissent la Chine comme endroit où introduire un litige de PI, et où il y a un taux très élevé de succès. Cela est tout à fait contraire à la perception qu'ont les Canadiens du système judiciaire de la Chine. Les demandeurs étrangers font souvent l'objet d'une attention spéciale devant les tribunaux parce les autorités chinoises reconnaissent l'importance de créer un environnement d'investissement sain en assurant un processus juridique équitable.

Pour leur part, les entreprises chinoises devraient regarder plus loin que les secteurs canadiens du bœuf, du porc, du homard, du vin de glace, des hôtels, des mines, du pétrole et du gaz. Le Canada a beaucoup plus à offrir et les entreprises chinoises pourraient explorer d'autres secteurs de collaboration commerciale, ce qui renforcerait l'économie de chacun des pays.

Q : Qu'est-ce que vous faites pour vous divertir à l'extérieur du bureau?

Yufei : Je suis une bonne cuisinière. J'aime recevoir ma famille et mes amis et préparer de bons mets. La préparation, comme hacher les ingrédients, est une bonne façon pour moi de relaxer. J'aime essayer des recettes dans le cuiseur programmable Instant Pot à usages multiples, qui a été inventé par des ingénieurs en logiciels d'Ottawa.


 

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