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La Stratégie d’approvisionnement auprès des entreprises autochtones (SAEA) passée au crible

Fasken
Temps de lecture 6 minutes
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Bulletin Droit des autochtones

La Stratégie d’approvisionnement auprès des entreprises autochtones (SAEA) connaît un parcours problématique depuis près de 30 ans. Lancé en 1996, le programme a connu une série de changements en 2021. Parmi ceux-ci, notons le seuil très modeste d’octroi de 5 % des occasions de marchés fédéraux à des entreprises autochtones (un objectif qui a vraisemblablement échoué).

Même avec l’imposition d’une exigence obligatoire dans la mise à jour de 2022 de la politique fédérale sur les marchés par le Conseil du Trésor, peu de ministères fédéraux (y compris le Conseil du Trésor lui-même) ont atteint la cible de 5 %. Plus problématique encore, le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux (SPAC), l’organisme central d’achat et le plus grand acheteur de biens et de services du gouvernement fédéral, n’a obtenu qu’un taux de réussite de 2,7 %. Pour mettre les choses en perspectives, le Canada était à 0,66 % d’atteindre son objectif pour les dépenses de défense au cours de l’exercice 2022-2023, soit un écart beaucoup moins marqué que le 2,3 % manquant de SPAC pour les contrats avec les entreprises autochtones.

Récemment, le Conseil tribal de la Nation Algonquine Anishinabeg a déposé une plainte en matière de droits de la personne auprès de la Commission des droits de la personne pour régler une question fondamentale au cœur de la SAEA : quels critères déterminent qu’une personne est une « personne autochtone » pouvant inscrire son entreprise au Répertoire des entreprises autochtones (REA) fédéral?

Selon ce qui circule dans les médias, la plainte soutient que Services aux Autochtones Canada (SAC), le ministère responsable de la SAEA :

  • aurait toléré un programme [traduction] « systématiquement discriminatoire » qui permet aux entreprises non autochtones de décrocher des contrats dans le cadre de la SAEA;
  • serait parfaitement au courant que ces [traduction] « prétendants » profitent du programme en raison des « contrats lucratifs »;
  • aurait omis par négligence de faire preuve de diligence raisonnable dans ses vérifications de la validité des entreprises autochtones pour déterminer qui est autochtone et admissible au REA.

Les préoccupations soulevées dans la plainte ne datent pas d’hier. Des communautés autochtones décrient l’ampleur des fraudes usurpant l’identité autochtone depuis de nombreuses années. Ces préoccupations ont été confirmées par les enquêtes et les vérifications menées récemment par le gouvernement. En voici quelques exemples :

  • En 2024, des enquêtes menées par le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires (OGGO) ont révélé de sérieuses questions sur la façon dont SAC a évalué (ou peine à évaluer) les entreprises autochtones inscrites au REA.
  • Dans un rapport de juin 2025 du Bureau du vérificateur général sur l’inscription en vertu de la Loi sur les Indiens, il est noté que SAC accuse également un retard important dans d’autres domaines. Les personnes demandant un certificat de statut d’Indien attendent bien plus longtemps que le délai habituel de six mois. Cette norme n’a pas été respectée dans 80 % des demandes d’inscription. Certains demandeurs ont même attendu près de deux ans avant que leur demande soit traitée.
  • Un autre rapport de juin 2025, celui-ci sur les contrats de services professionnels accordés à GCStrategies Inc., indique que « dans 33 % des contrats [...] examinés, les organisations fédérales n’ont pas pu démontrer que les ressources contractuelles possédaient l’expérience et les qualifications nécessaires pour effectuer les travaux requis ».
  • En juillet 2025, SAC a indiqué que Dalian Enterprises Inc. et Coradix Technology Consulting Ltd, deux entreprises impliquées dans les enquêtes sur ArriveCan qui ont obtenu des contrats de plus de 99 M$ dans le cadre de la SAEA, ne respectaient pas les critères d’admissibilité de la SAEA dans 16 contrats distincts.

     

Bien que la ministre de SAC se soit engagée à examiner la SAEA, à la date de publication de ce bulletin, aucune annonce n’avait été faite quant au moment où cet examen serait entrepris.

Malgré les préoccupations soulevées au cours des dernières années et les enquêtes menées par le gouvernement, aucun effort important n’a encore été annoncé ou déployé pour régler les problèmes.

La revendication présentée par le Conseil tribal de la Nation Algonquine Anishinabeg, si elle est accueillie, pourrait être la première étape vers des mesures concrètes pour répondre aux préoccupations concernant la SAEA (p. ex, au moyen d’ordonnances précises confiant la supervision du REA à des Autochtones ou d’un renvoi au Tribunal canadien des droits de la personne pour un examen plus élargi). 

Pour plus de renseignements, veuillez consulter nos autres bulletins : Réconciliation et renouvellement, The New Ineligibility and Suspension Policy Is Now in Effect et Erreur au décollage?.

Auteurs

  • Marcia Mills, Associée | Cocheffe, Groupe Sécurité Nationale et Défense, Ottawa, ON | Toronto, ON, +1 613 696 6881, [email protected]
  • Kevin O'Callaghan, Associé | Chef, Affaires Juridiques Relatives aux Autochtones, Vancouver, BC, +1 604 631 4839, [email protected]
Marcia Mills Ottawa Lawyer Marcia Mills Associée | Cocheffe, Groupe Sécurité Nationale et Défense Ottawa, ON Toronto, ON +1 613 696 6881
+1 416 943 8928
Kevin O'Callaghan, Associé | Chef, Affaires Juridiques Relatives aux Autochtones Kevin O'Callaghan Associé | Chef, Affaires Juridiques Relatives aux Autochtones Vancouver, BC +1 604 631 4839