Introduction
Le 28 avril 2025, le Canada a élu un nouveau premier ministre. Lors de son discours de victoire, le premier ministre Mark Carney a déclaré que [traduction] « l’ancienne relation avec les États-Unis [...] [était] terminée » et que le Canada renforcerait ses « relations avec des partenaires fiables en Europe[1] ».
Cette élection s’est déroulée pendant une période de crise pour les entreprises canadiennes, qui doivent composer avec la fin brutale des relations commerciales de longue date avec les États-Unis. Toute renégociation de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) devra tenir compte de ce changement fondamental. Faire des affaires aux États-Unis comporte désormais de nouveaux risques et une certaine imprévisibilité. Les tarifs douaniers à des niveaux punitifs sont une menace constante, et les visiteurs d’affaires sont inquiets à l’idée de franchir la frontière. Les consommateurs canadiens boycottent les produits américains en réponse aux commentaires du président américain sur l’annexion du Canada. Les entreprises canadiennes cherchent de nouveaux débouchés commerciaux et de nouvelles occasions d’affaires afin de diversifier les risques ou, dans certains cas, de remplacer un marché qui n’est plus disponible ou viable. Et le Canada n’est pas seul dans cette situation : de nombreux autres pays ont la même préoccupation en ce qui concerne le commerce avec les États-Unis et recherchent de nouveaux partenaires.
Comme M. Carney a été gouverneur de la Banque d’Angleterre et entretient des liens personnels étroits avec le Royaume-Uni, on peut s’attendre à ce qu’il fasse du Royaume-Uni l’un de ses principaux points d’appui pour renforcer les relations commerciales avec les pays européens. Le premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est prononcé sur ce lien, faisant observer que le Canada et le Royaume-Uni sont les [traduction] « alliés les plus proches » et soulignant les liens personnels étroits de M. Carney avec le Royaume-Uni. Il a ajouté que Canada et le Royaume-Uni [traduction] « travailleront ensemble pour approfondir leurs relations économiques ». Afin de souligner davantage les relations entre les deux pays, le roi Charles a prononcé le discours du trône devant le Parlement canadien le 27 mai 2025[2].
Le Royaume-Uni cherche aussi activement à établir de nouvelles relations commerciales ou à revitaliser ses relations existantes. Relativement nouveau dans sa fonction, le premier ministre britannique subit des pressions pour tirer l’économie du Royaume-Uni d’une période de stagnation de la croissance depuis le Brexit. Bien qu’un accord commercial entre les États-Unis et le Royaume-Uni ait récemment été annoncé[3], il ne semble guère faire plus que réduire l’incidence des tarifs douaniers mondiaux sévères annoncés par le président Trump le 2 avril 2025. Le Royaume-Uni a par ailleurs annoncé des accords commerciaux avec l’Union européenne (UE) et l’Inde. De toute évidence, le Royaume-Uni souhaite intensifier ses activités commerciales mondiales.
Dans la perspective d’un élargissement des relations entre le Royaume-Uni et le Canada, ce bulletin donne un aperçu du régime commercial entre ces deux pays et des occasions de commerce bilatéral pour les entreprises.
Le potentiel du marché
Le Canada et le Royaume-Uni ont beaucoup en commun, notamment la langue anglaise, un système de droit et de gouvernement, des alliances de défense, un monarque commun et l’appartenance au Commonwealth, au G7 et à l’alliance de renseignements du Groupe des cinq. Les deux pays entretiennent des relations commerciales solides en termes de valeur et de volume. Le Royaume-Uni est le troisième partenaire commercial en importance du Canada, derrière les États-Unis et la Chine. L’an dernier, le Canada a exporté pour 28,3 G$ de marchandises au Royaume-Uni et en a importé pour 9,2 G$[4].
Avec un PIB de plus de 2,7 billions de livres sterling (£), le Royaume-Uni est l’une des plus grandes économies au monde. C’est une plaque tournante pour des secteurs comme la finance, les technologies, la santé et la fabrication qui est soutenue par des universités de premier plan, dont Oxford et Cambridge. En outre, son régime fiscal peut être intéressant pour les entreprises canadiennes.
De plus, le Royaume-Uni est une porte d’entrée stratégique vers l’UE, un marché de plus de 500 millions de consommateurs. Le Canada a déjà conclu d’importants accords commerciaux avec l’Union européenne (Accord économique et commercial global [AECG]) et le Royaume-Uni (Accord de continuité commerciale [ACC Canada-Royaume-Uni]), dont il est question ci-dessous. Les entreprises canadiennes peuvent utiliser le Royaume-Uni comme plaque tournante vers les marchés britanniques et européens, étant donné l’existence de ces accords commerciaux.
Le Canada, pour sa part, est un chef de file mondial dans l’approvisionnement de nombreuses matières premières, dont les minéraux critiques, le pétrole et le gaz. M. Carney a déclaré qu’il cherchait à faire du Canada une superpuissance énergétique. Le Canada s’est également fait de plus en plus connaître à l’échelle mondiale dans les secteurs clés des services et des technologies. Le Royaume-Uni, et en particulier Londres, est lui-même une puissance mondiale dans le domaine des services, ce qui fait de ces deux pays des partenaires intéressants.
Le Canada a annoncé une augmentation importante de son approvisionnement en matière de défense et a nommé un secrétaire d’État pour l’approvisionnement en matière de défense. La dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement commerciales et de défense américaines est à l’étude au Canada. Le Royaume-Uni a également annoncé une augmentation importante de ses dépenses en matière de défense. Voilà qui crée des occasions pour des alliés du Canada, dont le Royaume-Uni, comme la formation de coentreprises entre des entreprises canadiennes et britanniques.
Accord de continuité commerciale Canada–Royaume-Uni
Il faut savoir que le Canada et le Royaume-Uni ont déjà un accord commercial solide : l’ACC Canada–Royaume-Uni.
Cet accord est entré en vigueur le 1ᵉʳ avril 2021, après le départ du Royaume-Uni de l’UE (Brexit), et reflète les principes de l’AECG. Il garantit aux entreprises canadiennes et britanniques un accès égal et non discriminatoire aux marchés de l’autre pays.
L’ACC Canada-Royaume-Uni offre de nombreux avantages aux exportateurs canadiens et britanniques. En tête de liste, il y a l’élimination de la plupart des droits de douane, les nouvelles occasions d’investissement et la mobilité accrue de la main-d’œuvre. L’accord assure l’équité, la stabilité et la certitude dans les relations d’affaires en introduisant la primauté du droit en cas de différends. L’ACC Canada–Royaume-Uni permet également aux entreprises canadiennes et britanniques d’accéder à l’ensemble du secteur des marchés publics de l’autre pays, tant à l’échelon national qu’à l’échelon municipal et dans les milieux universitaires et des soins de santé.
Le 25 mai 2025, le haut-commissaire du Royaume-Uni au Canada a déclaré que le Royaume-Uni attendait que le Parlement canadien reprenne ses travaux pour poursuivre les négociations commerciales bilatérales[5].
Soutien aux exportateurs canadiens
Le rééquipement d’une entreprise en vue d’exporter vers de nouveaux marchés peut s’avérer coûteux et compliqué, même dans un marché relativement accessible comme le Royaume-Uni. Dans le contexte des changements radicaux entre le Canada et les États-Unis, le gouvernement du Canada prend des mesures proactives afin de soutenir les entreprises touchées par les tensions commerciales persistantes en créant des programmes et des ressources financières, notamment de l’aide financière, des prêts et des services-conseils. L’objectif est d’aider les entreprises à trouver de nouveaux marchés d’exportation et à surmonter les difficultés liées à l’accès aux marchés, aux problèmes de trésorerie et à l’augmentation des coûts. En voici quelques exemples :
- Le Programme d’aide au commerce extérieur du Canada déploiera environ 6 G$ sur deux ans afin d’aider les exportateurs à atteindre de nouveaux marchés et d’aider les entreprises à surmonter des difficultés telles que les défauts de paiement, les fluctuations des taux de change, les problèmes de liquidités et les obstacles à l’expansion.
- Exportation et développement Canada (EDC), l’organisme de crédit à l’exportation du Canada, travaille activement pour aider, entre autres, les exportateurs canadiens dans le cadre du Programme d’aide au commerce extérieur. Le profil du type d’entreprise canadienne pouvant bénéficier d’une aide a aussi été modifié pour tenir compte de la nécessité pour les entreprises de se diversifier en dehors du marché américain. EDC offre un savoir-faire en financement commercial, en assurance crédit à l’exportation, en services de cautionnement et en marchés étrangers. Il dispose d’un bureau à Londres qui possède une expertise du marché britannique.
- La Banque de développement du Canada offre 500 M$ sous forme de prêts à taux préférentiels pour soutenir les entreprises touchées par les droits de douane, y compris celles dans les secteurs directement visés par les droits de douane et celles présentes dans leurs chaînes d’approvisionnement. En outre, les entreprises auront accès à des services consultatifs dans des domaines tels que la gestion financière et la diversification des marchés.
Pendant ce temps, le Royaume-Uni prend lui-même des mesures actives pour diversifier ses relations commerciales à l’échelle mondiale, car il cherche à récupérer le volume d’affaires élevé qu’il a perdu auprès de l’UE à la suite du Brexit. L’établissement de zones d’investissement au Royaume-Uni, par exemple au moyen d’incitatifs fiscaux et financiers intéressants, ouvre des possibilités aux entreprises canadiennes dans les secteurs de la fabrication de pointe, des sciences de la vie et des technologies en particulier.
Conclusion
Bien que les entreprises canadiennes se préoccupent à juste titre de ce que l’avenir leur réserve, elles ont l’occasion de sortir de la crise actuelle plus fortes et plus robustes. Pour les entreprises du Canada et du Royaume-Uni, il existe actuellement des occasions à saisir, nécessité oblige. Ces occasions sont toutefois soutenues par une solide relation commerciale existante, une approche commune et des liens de longue date. Si le Canada et le Royaume-Uni élargissent leurs relations commerciales, ces occasions n’en seront qu’accrues.
Au sujet de Fasken au Royaume-Uni
Fasken est le plus grand cabinet d’avocats au Canada, et aucun autre cabinet canadien ne dispose d’un bureau britannique aussi grand. À partir de son bureau de Londres et de ses bureaux situés dans de nombreuses villes canadiennes, le cabinet agit comme conseiller juridique dans le cadre de dossiers transatlantiques importants concernant les affaires d’entreprise et les litiges. Il est fier d’avoir été sélectionné pour faire partie du groupe en litiges commerciaux internationaux formé sous l’égide du gouvernement britannique, ce qui reflète sa force dans ce domaine complexe du droit.