Le gouvernement de la province d’Ontario a récemment donné le feu vert à la construction des premiers petits réacteurs modulaires (« PRM ») en Amérique du Nord (et, de fait, de tous les pays du G7). La Commission canadienne de sûreté nucléaire, l’organisme fédéral de réglementation de l’énergie nucléaire, a accordé un permis pour la construction d’un PRM plus tôt cette année (connu sous le nom de projet de nouvelle centrale nucléaire de Darlington. Ce PRM est le premier de quatre, à l’échelle du réseau, dont Ontario Power Generation prévoit la construction sur le site du projet de Darlington. L’objectif est de terminer le premier PRM et de fournir 300 mégawatts (MW) d’électricité au réseau d’ici la fin de 2030.
Il s’agit du plus récent exemple de leadership canadien dans le domaine de l’énergie nucléaire. Alors que de nombreuses autres économies avancées ont connu des difficultés dans ce domaine au cours des dernières décennies, le Canada a continué d’investir avec succès. Les projets de réfection et de prolongation de la durée de vie de plusieurs milliards de dollars qui sont en cours relativement à la majeure partie du parc de réacteurs CANDU à grande échelle aux installations nucléaires existantes de Darlington de Bruce Power et d’Ontario Power Generation respectent les délais et le budget. Grâce à son engagement à l’égard des technologies nucléaires existantes et nouvelles, comme les PRM, à un bassin important et croissant de talents et à une chaîne d’approvisionnement nationale et internationale intégrée et expérimentée, le Canada est un endroit idéal pour investir dans l’avenir de l’énergie nucléaire.
Dans le présent bulletin, nous vous présentons un survol des occasions dans le domaine de l’énergie nucléaire au Canada, en mettant l’accent sur l’engagement du Canada à développer son parc actuel de grands réacteurs nucléaires et à poursuivre la mise au point de technologies PRM novatrices — que ce soit par l’intermédiaire de la recherche, de la fabrication, de la construction ou des services — y compris auprès de partenaires commerciaux de confiance au Japon, en Corée du Sud, dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
L’énergie nucléaire au Canada
Le Canada est déjà une nation nucléaire de niveau 1, à l’instar des États-Unis, de la Chine, de la Russie, du Royaume-Uni et de la France. Les nations de niveau 1 disposent de toute la gamme des capacités nucléaires, y compris les réacteurs de recherche, les réacteurs de puissance, la fabrication, ainsi que la recherche et le développement.
Bien que le Canada soit une puissance nucléaire depuis plus de 60 ans, le recours à l’énergie nucléaire varie considérablement d’une région à l’autre. Dans un pays aussi grand que le Canada, la combinaison des sources d’approvisionnement en électricité dépend souvent des conditions géographiques de chaque province.
Selon Ressources naturelles Canada, en 2022, 12,9 % de la demande énergétique du Canada a été satisfaite au moyen de l’énergie nucléaire, deuxième source d’énergie entre l’hydroélectricité (61,6 %) et le gaz naturel (12,6 %).
En 2024, seulement deux provinces produisaient de l’énergie nucléaire.
- En Ontario, la province la plus peuplée du Canada, environ 60 % de l’électricité est produite par l’énergie nucléaire provenant de 18 réacteurs.
- Au Nouveau-Brunswick, environ 40 % de l’électricité est produite par un réacteur nucléaire situé à Point Lepreau, dans la baie de Fundy.
Toutefois, d’autres provinces et territoires recherchent activement de nouveaux projets d’énergie nucléaire. En Saskatchewan et en Alberta, l’énergie nucléaire est une source d’énergie propre pouvant remplacer le charbon et le coke, lesquels représentent respectivement 41 % et 22 % de la production d’énergie dans ces provinces. De plus, de nouveaux projets d’énergie nucléaire seront essentiels pour que l’Ontario puisse répondre à la hausse de 75 % récemment prévue de la demande totale en électricité projetée pour les 25 prochaines années, compte tenu d’un taux d’augmentation annuel attendu de plus de 2 % pour les deux prochaines décennies.
La sécurité énergétique est un autre facteur d’actualité qui suscite un intérêt croissant pour l’énergie nucléaire au pays, car celle-ci permet de fournir une énergie de base fiable et à prix raisonnable au Canada depuis plusieurs décennies. La Saskatchewan est le deuxième plus grand producteur d’uranium au monde, après le Kazakhstan, avec 15 % de la production mondiale et, à ce jour, la majeure partie de la chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire nécessaire pour soutenir les installations nucléaires actuelles au Canada est intérieure.
Nouveaux projets nucléaires à grande échelle au Canada
En Ontario, Bruce Power et Ontario Power Generation en sont à l’étape de la planification en vue de la mise en chantier future de nouveaux projets d’énergie nucléaire à grande échelle. Ceux-ci seraient d’une envergure beaucoup plus grande que tout PRM à l’étude. Le projet Bruce C vise la création d’une option pour le développement d’une capacité nucléaire pouvant atteindre 4 800 MW sur le site de Bruce Power à Kincardine, en Ontario. Ontario Power Generation explore les possibilités relativement à de nouvelles sources de production d’énergie nucléaire à grande échelle sur son site de Wesleyville à Port Hope, en Ontario. Le gouvernement de l’Ontario a également repéré deux autres emplacements pour le développement éventuel d’énergie nucléaire à grande échelle à Lambton et à Nanticoke. À l’heure actuelle, aucune technologie de réacteur n’a été choisie pour l’un ou l’autre de ces projets. Les principaux candidats devraient être les réacteurs CANDU de prochaine génération et de Westinghouse. Toutefois, on s’attend à ce qu’il y ait un processus concurrentiel dans chaque cas, et le recours à des réacteurs conçus ailleurs dans le monde pourrait être envisagé.
En Alberta, Energy Alberta prévoit construire une centrale ayant une capacité nucléaire pouvant atteindre 4 800 MW dans la région de Peace River, dans le nord de l’Alberta, en utilisant la nouvelle génération de réacteurs CANDU, soit le réacteur CANDU Monark. Cette centrale produirait suffisamment d’électricité pour satisfaire au quart de tous les besoins de l’Alberta liés à la production d’énergie.
Les PRM au Canada
Un PRM s’entend habituellement d’un réacteur d’une puissance maximale de 300 MW. Il est « modulaire », ce qui signifie que certaines parties du réacteur peuvent être assemblées dans une usine, et non sur place, ce qui peut réduire les coûts et rendre le déploiement plus efficace. Les chefs de file mondiaux de la technologie des PRM sont la Chine, la Russie, les États-Unis et le Canada.
Les PRM se distinguent particulièrement par le fait qu’ils peuvent être utilisés dans un éventail d’applications beaucoup plus vaste comparativement aux projets nucléaires à grande échelle déployés par le passé. Les PRM varient en taille, allant de micro-PRM (certains ayant une capacité de moins de 1 MW) à de grands PRM à l’échelle du réseau (telles que pour le projet de nouvelle centrale nucléaire de Darlington). En plus de la production d’électricité à l’échelle du réseau, les PRM sont utilisés dans les industries lourdes, aux fins de la production de chaleur et de vapeur ainsi qu’aux fins de l’approvisionnement décentralisé en électricité pour les collectivités éloignées et les mines. Voir, par exemple, le document Avenir énergétique du Canada en 2023, publié par la Régie de l’énergie du Canada.
Les PRM sont des solutions prometteuses qui, pour la plupart, se trouvent encore à l’état de projet. Aucun PRM n’a été construit à ce jour en vue d’une utilisation commerciale à l’extérieur de la Chine et de la Russie. En 2018, pour aider à préciser ce que représentent les PRM pour le Canada, un groupe composé de représentants des gouvernements provinciaux et territoriaux, et des services publics d’électricité, avec le soutien de Ressources naturelles Canada et la participation d’Énergie atomique du Canada limitée, a publié le document Appel à l’action : Feuille de route des petits réacteurs modulaires (la « Feuille de route »).
Comme il est expliqué dans la Feuille de route, l’intérêt pour les PRM est motivé en partie par l’objectif du Canada de bâtir un avenir à faibles émissions de carbone, ainsi que par l’émergence possible d’un nouveau sous-secteur industriel au Canada. À cela s’ajoute l’espoir que les PRM se révéleront être une forme d’énergie nucléaire moins coûteuse.
La Feuille de route prévoyait que la technologie des PRM pourrait connaître du succès au Canada, notamment parce que l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, les deux provinces canadiennes disposant d’installations nucléaires, et le gouvernement du Canada ont engagé des ressources financières importantes pour moderniser l’infrastructure existante de production d’énergie nucléaire et établir un groupe de recherche sur les PRM. Cet engagement a incité d’autres provinces et territoires qui ne disposent pas de source importante d’énergie propre de remplacement, comme l’Alberta et la Saskatchewan, à chercher des occasions liées aux PRM.
La Feuille de route établit des objectifs très ambitieux et recommande au gouvernement fédéral de continuer « sa mobilisation internationale solide et efficace sur les PRM », notamment en s’assurant d’« une ou plusieurs démonstrations de PRM construits et exploités au Canada d’ici 2026 ». Même si cet échéancier ne sera pas respecté, le projet de nouvelle centrale nucléaire de Darlington rend désormais réalisable l’objectif qu’un PRM soit pleinement opérationnel d’ici 2030. C’est ce que permet de réaliser, en partie, le Plan d’action canadien des petits réacteurs modulaires (le « Plan d’action »). Publié en 2020 et mis à jour en 2022, le Plan d’action souligne l’objectif du Canada d’atteindre la carboneutralité dans le secteur de l’électricité d’ici 2035, dans le but d’accueillir l’un des premiers projets de PRM opérationnel à l’échelle de réseau parmi les nations du G7.
Bien qu’ils aient été jugés idéalistes et aient été critiqués dans certains milieux, les objectifs ambitieux du Plan d’action ont servi de catalyseur pour une action concertée à l’échelle du Canada. En 2022, l’Alberta et la Saskatchewan, deux provinces qui ne sont actuellement pas dotées d’installations d’énergie nucléaire, se sont jointes à l’Ontario et au Nouveau-Brunswick et ont convenu conjointement d’un Plan stratégique pour le déploiement des petits réacteurs modulaires. Chaque province mène divers projets de PRM et devrait tirer parti de l’expérience acquise dans le cadre du développement continu du projet de nouvelle centrale nucléaire de Darlington en Ontario.
L’engagement continu du Canada en faveur de l’énergie nucléaire
Les gouvernements du Canada, aux paliers fédéral, provincial et territorial, continuent de consacrer d’importantes ressources financières et autres au développement de l’énergie nucléaire au Canada, tant en ce qui concerne le nucléaire à grande échelle que les PRM. Voici quelques exemples récents se rapportant au palier fédéral :
- un montant de 304 millions de dollars canadiens en prêts pour financer l’élaboration et la modernisation d’un nouveau réacteur nucléaire CANDU à grande échelle et soutenir l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement canadienne;
- des investissements de 970 millions de dollars canadiens à ce jour de la Banque de l’infrastructure du Canada pour faire progresser le projet de PRM de Darlington;
- un financement de 69,9 millions de dollars canadiens pour soutenir les activités visant à réduire au minimum les déchets générés par les PRM, soutenir la création d’une chaîne d’approvisionnement en carburant, renforcer les accords de coopération nucléaire internationaux et améliorer les politiques et les pratiques de sûreté et de sécurité nationales;
- un financement fédéral de 50 millions de dollars canadiens provenant du Programme de prédéveloppement de l’électricité pour aider Bruce Power à évaluer de nouvelles possibilités de production pour le projet Bruce C;
- un financement de 250 millions de dollars canadiens sur quatre ans, à compter de 2022-2023 pour soutenir les activités de prédéveloppement de projets d’électricité propre d’envergure nationale, comme les PRM;
- un financement de 50,7 millions de dollars canadiens destinés à la Commission canadienne de sûreté nucléaire pour lui permettre de renforcer sa capacité de réglementer les PRM et de travailler à l’échelle internationale à l’harmonisation de la réglementation;
- un financement pouvant atteindre 80 millions de dollars canadiens à la Société d’investissement de la Couronne de la Saskatchewan pour soutenir les travaux préalables au développement des PRM de SaskPower.
Des occasions en Saskatchewan, en Alberta et ailleurs
Dans le document d’orientation intitulé Saskatchewan’s Growth Plan - The Next Decade of Growth - 2020–2030, publié en 2019, le gouvernement de la province de la Saskatchewan a décrit comment il prévoyait intégrer l’énergie nucléaire par l’intermédiaire de PRM dans le bouquet énergétique de la Saskatchewan afin que jusqu’à 80 % de l’électricité de la province puisse être produite au moyen de sources à zéro émission. En 2024, la Saskatchewan avait pris des mesures importantes pour développer la technologie des PRM sans émission, notamment :
- l’exécution d’un processus d’évaluation sur quatre ans, qui a donné lieu à la sélection de la technologie BWRX-300 de GE-Hitachi, la même que celle qui est déployée à Darlington;
- l’établissement du Fonds Small Modular Reactor Investment Fund afin de soutenir les investissements provinciaux dans le premier PRM à l’échelle du réseau.
La Saskatchewan se trouve actuellement dans la phase de planification de son premier projet de PRM, qui pourrait mener à une décision d’investissement d’ici 2029 et à une mise en service en 2034.
Dans la province d’Alberta, un certain nombre de projets sont à l’étude :
- Energy Alberta poursuit la réalisation du projet d’énergie nucléaire à grande échelle dont il est question ci-dessus;
- au début de 2024, Capital Power et Ontario Power Generation ont annoncé qu’elles réaliseraient une étude de faisabilité sur deux ans, en continuant les travaux sur les prochaines étapes du développement des PRM en Alberta, ce qui s’apparente à la voie suivie par la Saskatchewan;
- l’Alberta a conclu un protocole d’entente avec le Korea Atomic Energy Research Institute en avril 2023, afin de renforcer la collaboration à l’égard du déploiement de la technologie des PRM en Alberta, y compris le réacteur avancé modulaire intégré (« SMART »), une technologie de conception coréenne.
Outre les occasions dans le secteur de l’énergie nucléaire qui sont mentionnées ci-dessus, de nombreux autres projets potentiels de développement de PRM sont à l’étude en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans le Grand Nord canadien, au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest.
Conclusion
Parmi les pays du G7, le Canada est devenu un acteur clé dans le développement et le déploiement de l’énergie nucléaire. Des provinces comme l’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick, dont l’objectif est de répondre à la demande croissante en électricité propre et concurrentielle sur le plan des coûts, de diversifier leurs sources d’énergie et de réduire leur empreinte carbone, devraient, dans un avenir prévisible, offrir d’importantes occasions dans le secteur nucléaire en ce qui a trait à la recherche, au développement, au déploiement, à l’exploitation et aux services. Ces investissements pourraient présenter un intérêt particulier pour les parties prenantes disposant d’un savoir-faire technologique dans le secteur de l’énergie nucléaire, notamment les partenaires commerciaux de confiance du Canada, tels que le Japon, la Corée du Sud, l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Chacun de ces partenaires pose un risque relativement faible pour la sécurité nationale et entretient depuis longtemps de solides relations économiques et politiques avec le Canada.