Un changement réglementaire actuellement à l’étude en Ontario pourrait transformer le fonctionnement des cliniques de médecine esthétique de la province. La proposition, qui modifierait la manière dont les infirmières et infirmiers sont autorisés à administrer des services médico-esthétiques, invite à un examen plus approfondi de la façon dont l’Ontario réglemente les injections à des fins esthétiques et dont les modifications proposées aligneraient davantage la province sur les cadres réglementaires déjà en place ailleurs au Canada. Bien que ces procédures soient souvent commercialisées comme des services de « spa » de routine, elles demeurent des actes médicaux qui impliquent des produits sur ordonnance et comportent des risques cliniques.
Modifications proposées à la réglementation en Ontario
En juillet 2026, l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario (l’« OIIO ») a publié Services esthétiques, sa première directive professionnelle spécialement conçue pour les infirmières et infirmiers offrant des services médico-esthétiques.[1] La directive précise, entre autres, que les infirmières et infirmiers autorisés peuvent administrer des traitements par injection à des fins esthétiques uniquement avec l’autorisation de médecins ou d’infirmières ou infirmiers praticiens. Les infirmières et infirmiers peuvent obtenir cette autorisation en Ontario par l’un des deux mécanismes disponibles.
Le premier est une directive médicale, que des médecins ou des infirmières ou infirmiers praticiens peuvent préparer et qui s’applique à un large éventail de clients répondant à des conditions définies. Une directive autorise les infirmières et infirmiers à déterminer si un traitement peut être administré, sans que la personne prescriptrice n’ait à évaluer chaque patient individuellement au préalable. Le second mécanisme est l’ordonnance individuelle, qui exige que des médecins ou des infirmières ou infirmiers praticiens évaluent les clients individuellement et fournissent des instructions pour le traitement propre à la personne concernée.[2]
Les directives médicales sont devenues populaires dans l’exercice des professions du domaine esthétique, car elles sont particulièrement bien adaptées aux cliniques à volume élevé dirigées par des infirmières et infirmiers. Ce mécanisme permet à ceux-ci d’administrer des traitements tous les jours sans nouvelle évaluation particulière du client, ce qui rend le processus très efficient tant pour les cliniques que pour les patients qu’elles servent.
Malgré la publication de ces directives professionnelles en juillet 2026, l’OIIO envisage maintenant de supprimer les directives médicales et de faire des ordonnances individuelles propres à chaque patient l’unique mécanisme d’autorisation pour les infirmières et infirmiers administrant des traitements médico-esthétiques.[3] Un tel changement exigerait d’obtenir l’avis de médecins ou d’infirmières ou infirmiers praticiens pour chaque patient lors de chaque consultation, y compris les suivis de routine et les bilans. Par conséquent, de nombreuses cliniques pourraient être contraintes de restructurer considérablement leurs activités pour demeurer conformes à la réglementation.
Comparaison avec d’autres provinces
Bien que les modifications proposées constituent une nouveauté pour l’Ontario, d’autres provinces ont déjà adopté des exigences imposant une supervision similaire. Au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta, les infirmières et infirmiers peuvent administrer un traitement esthétique uniquement avec une autorisation par ordonnance individuelle ou propre à chaque client.[4] Chacune de ces provinces exige également que, lors d’une injection à des fins esthétiques, les médecins prescripteurs ou les infirmières ou infirmiers praticiens demeurent à proximité immédiate pour intervenir advenant des complications de santé pendant le traitement.
Il convient également de noter que ces provinces ne s’arrêtent pas là et qu’elles continuent de resserrer leurs cadres. En date du 1er février 2025, l’Alberta College of Pharmacy a interdit aux pharmaciens et aux techniciens en pharmacie d’administrer des injections à des fins esthétiques dans l’exercice de leur profession réglementée, restreignant ainsi la gamme de professionnels autorisés à offrir ces services.[5] Au Québec, quatre ordres professionnels ont annoncé une initiative conjointe en novembre 2025 pour l’établissement de balises réglementaires permettant un encadrement sécuritaire des soins médico-esthétiques, un processus qui devrait s’achever en 2026.[6] De même, en Colombie-Britannique, les règlements administratifs du College of Nurses and Midwives ont intégré, en avril 2026, des normes régissant l’exercice des infirmières et infirmiers qui appliquent des ordonnances propres à chaque client. Ensemble, ces décisions démontrent que l’orientation réglementaire à l’échelle du pays tend vers une implication accrue des prescripteurs et une supervision plus marquée.[7]
Points à retenir pour les cliniques, les fabricants et les fournisseurs
Pour l’instant, l’Ontario en est au stade de la proposition. La consultation publique sur la question est terminée, et l’OIIO doit décider si elle adopte les modifications en septembre 2026. D’ici là, les directives médicales demeurent un mécanisme d’autorisation valide dans la province, et les cliniques peuvent poursuivre leurs activités habituelles.
Cela dit, bien que l’issue des délibérations de l’OIIO soit incertaine, les cliniques qui s’appuient déjà grandement sur le modèle de directive médicale peuvent prendre des mesures proactives dès maintenant pour se préparer à un éventuel passage aux ordonnances individuelles. L’exigence voulant que les médecins ou les infirmières et infirmiers praticiens procèdent à une évaluation et fournissent une ordonnance pour chaque client lors de chaque consultation modifierait la rentabilité d’une pratique à volume élevé dirigée par des infirmières et infirmiers. Les cliniques devraient donc examiner les répercussions que cette exigence pourrait avoir sur leurs activités et leurs finances, et élaborer un plan de transition traitant des effectifs, de la planification ainsi que de l’implication des prescripteurs dans l’éventualité où les directives médicales seraient abandonnées. Celles qui prévoient l’adoption du changement dès maintenant, plutôt que d’attendre une décision, seront mieux à même de s’adapter rapidement.
Les modifications proposées présentent également des répercussions pour les fabricants et les fournisseurs des produits. Comme les neuromodulateurs et les agents de comblement sont des médicaments d’ordonnance qui parviennent aux patients par l’entremise de cliniques dirigées par des infirmières et infirmiers, les fabricants et les fournisseurs ont intérêt à vérifier que les cliniques qu’ils approvisionnent se conforment à la réglementation applicable. En effet, ils pourraient être tenus responsables dans le cadre d’un litige s’ils vendent des produits sur ordonnance à une clinique qui ne respecte pas les exigences locales. Ainsi, advenant la mise en œuvre par l’OIIO des modifications proposées, ils seraient bien avisés de renforcer leurs vérifications préalables s’ils concluent des ententes avec des cliniques. Il pourrait notamment s’agir d’exiger de l’établissement qu’il mentionne le nom et le numéro de permis de la direction médicale autorisée ou de tout autre prescripteur responsables de la directive ou de l’ordonnance, et d’intégrer une déclaration générale de conformité dans les documents d’ouverture de compte.
Quelle que soit la décision de l’OIIO, une tendance plus large se dessine : les organismes réglementaires de tout le pays considèrent les injections à des fins esthétiques comme des actes médicaux nécessitant une ordonnance et tendent vers une implication accrue des médecins et des infirmières et infirmiers praticiens. L’Ontario n’innoverait pas en exigeant des ordonnances individuelles, mais il rattraperait son retard par rapport à d’autres provinces.