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L’hydrogène dans la transition énergétique : cette fois, c’est différent

Fasken
Temps de lecture 32 minutes
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Bulletin Énergie

Il s’agit du troisième bulletin de la série « Transitions énergétiques » de Fasken. Il se peut également que vous soyez intéressé par la lecture des documents Transitions énergétiques : le gaz naturel renouvelable, un acteur important et Le changement, toujours à l’avant-plan : un secteur de l’énergie en transition et le pari de « Reconstruire en mieux ».

Présenté par beaucoup comme l’un des principaux piliers de la transition énergétique, l’hydrogène comme solution de rechange aux combustibles fossiles n’est pas un sujet nouveau. Après tout, l’entreprise canadienne Stuart Oxygen Company fabriquait et vendait des électrolyseurs commerciaux pour produire de l’hydrogène à des fins industrielles dès les années 1920. L’hydrogène a été utilisé avec succès pour alimenter les avions et les automobiles dans les années 1920 et 1930, mais uniquement à titre expérimental. La NASA et l’armée de l’air américaine ont commencé à utiliser l’hydrogène liquide comme carburant de propulsion dans les années 1950. Depuis ces premiers jours, on a constaté dans le monde des vagues d’intérêt récurrentes pour l’utilisation de l’hydrogène afin d’alimenter davantage de systèmes industriels, de transport et d’énergie : elles ont connu un pic dans les années 1970 en réponse à la crise du pétrole qui a vu le prix du pétrole étranger tripler, puis à la fin des années 1990 et au début des années 2000 en réponse aux efforts de lutte contre les changements climatiques.

Toutefois, à ce jour, l’« économie de l’hydrogène » n’a pas encore pris son envol. Bien qu’il s’agisse de l’élément chimique le plus abondant dans l’univers, l’hydrogène n’existe pas sur Terre sous une forme naturelle susceptible d’être convertie à des fins commerciales. L’hydrogène doit plutôt être produit à partir d’autres matières premières, comme l’eau ou le gaz naturel, au moyen de procédés coûteux et techniquement complexes qui nécessitent de grandes quantités d’énergie. L’hydrogène est également un élément très réactif, ce qui le rend difficile à stocker et à transporter. Ainsi, alors que l’hydrogène est présenté comme une source d’énergie de rechange respectueuse du climat, la production et l’utilisation commerciales de l’hydrogène pourraient être limitées à court terme jusqu’à ce qu’un marché robuste pour l’hydrogène se développe dans le monde entier et que des investissements substantiels soient réalisés dans les infrastructures de production, de stockage, de transport et d’exportation de l’hydrogène.

Ces facteurs ont amené certains à se demander si le récent regain d’intérêt pour l’hydrogène n’est que temporaire et si la perspective de l’hydrogène comme pilier principal de la transition mondiale vers l’abandon des combustibles fossiles ne va pas de nouveau échapper à l’attention du public.

Pour les raisons que nous exposons dans ce bulletin, nous pensons que le temps de l’hydrogène est venu, et que l’histoire de l’hydrogène a atteint un véritable point d’inflexion. L’utilisation de l’hydrogène comme source de carburant, de chaleur ou de matière de base permettra aux industries essentielles de se décarboniser, ce qui, à son tour, entraînera une réduction importante des émissions de gaz à effet de serre (GES). Avec la maturation de la technologie de l’hydrogène, l’élaboration par les gouvernements de nouveaux cadres réglementaires et la création de mesures incitatives financières destinées à stimuler le développement des économies de l’hydrogène dans le monde, nous pensons que l’hydrogène est prêt à jouer un rôle de plus en plus important dans la transition énergétique mondiale.

En d’autres termes, cette fois, c’est vraiment différent.

Cas d’utilisation des secteurs difficiles à décarboniser

À ce jour, la majorité des initiatives politiques en matière de changements climatiques s’articule autour de la modification du comportement des consommateurs en décourageant l’utilisation des combustibles fossiles, en encourageant l’utilisation de sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie éolienne ou solaire, ou en vendant davantage de véhicules électriques. Ces changements sont importants, mais il faudra faire beaucoup plus pour atteindre les objectifs de réduction des émissions mondiales. Les industries difficiles à décarboniser, telles que l’industrie lourde, les transports lourds et le chauffage commercial et résidentiel, devront abandonner l’utilisation des combustibles fossiles si l’on veut atteindre les objectifs de réduction des émissions. À notre avis, l’hydrogène a un rôle essentiel à jouer dans la réduction des émissions de GES de ces secteurs difficiles à décarboniser.

L’industrie sidérurgique est à elle seule un important producteur de carbone, avec 1,83 tonne de dioxyde de carbone émise pour chaque tonne d’acier produite en 2017. La fabrication de l’acier nécessite des sources de chaleur à très haute température qu’il est difficile d’obtenir autrement qu’avec des combustibles fossiles. L’hydrogène, cependant, peut être utilisé à cette fin (ainsi que dans des industries similaires nécessitant des sources de chaleur à haute température). Un projet pilote de fabrication d’acier en Suède a remplacé le gaz naturel par de l’hydrogène pour la chaleur à haute température. L’acier produit était de même qualité, mais ne dégageait aucune émission de carbone. ArcelorMittal procède également à des essais de décarbonisation dans une usine de Hambourg qui produit du fer. L’objectif déclaré de l’entreprise consiste à fabriquer et à utiliser du fer de réduction directe fabriqué avec de l’hydrogène à 100 % à titre de réducteur.

Le transport est un autre secteur difficile à décarboniser, lui qui contribue à 24 % des émissions mondiales de GES par les processus de combustion du diesel et de l’essence. Si les véhicules électriques à batterie peuvent transformer des secteurs tels que les voitures de tourisme et les véhicules utilitaires légers, les batteries n’ont pas actuellement la densité d’énergie nécessaire pour alimenter certains des véhicules lourds et des navires utilisés dans les secteurs du transport commercial. L’hydrogène peut constituer une solution à faible émission de carbone pour remplacer les combustibles fossiles utilisés dans les grands routiers, les locomotives, les porte-conteneurs et les avions. Ces secteurs sont bien adaptés à l’utilisation de l’hydrogène comme source de carburant, car ils ont des cycles de travail à forte intensité énergétique et effectuent des transports sur de longues distances avec des itinéraires fixes.

Étude de cas : Loop Energy Inc.

Loop Energy est un concepteur, fabricant et fournisseur mondial de premier plan de systèmes de piles à combustible à l’hydrogène, principalement destinés à l’électrification des véhicules commerciaux. Des autobus urbains aux camions moyens et lourds, Loop Energy travaille avec les équipementiers et les fournisseurs de sous-systèmes automobiles pour faire progresser la production et l’adoption des véhicules électriques à pile à combustible. Les produits fonctionnant avec des piles à combustible de Loop Energy sont dotés de la technologie eFlowMC exclusive de la société dans les plaques bipolaires de l’assemblage de piles à combustible, une conception brevetée qui excelle à la fois dans la maximisation des performances et la minimisation des coûts grâce à l’amélioration du rendement énergétique, de la puissance de pointe et de l’uniformité de la densité de puissance.

Loop Energy a réalisé son premier appel public à l’épargne de 100 millions de dollars au premier trimestre de 2021 (TSX : LPEN), preuve que le marché voit des possibilités dans le secteur. Fasken a conseillé Loop lors de son introduction en bourse.

Pour plus de renseignements sur la manière dont Loop Energy se dirige vers un avenir sans émissions, visitez le site www.loopenergy.com.

Nouveaux cadres réglementaires et possibilités mondiales

En tant que signataire de l’Accord de Paris, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de GES annonçant récemment son intention de réduire ses émissions de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030. Ces objectifs ambitieux incitent les gouvernements fédéral et provinciaux à promouvoir l’hydrogène en combinant de nouveaux régimes réglementaires et des mesures incitatives financières dont l’ampleur et la portée dépassent tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.

La stratégie canadienne de l’hydrogène pour 2020, Stratégie canadienne pour l’hydrogène : Saisir les possibilités pour l’hydrogène, énonce des objectifs importants visant à aider le Canada à atteindre ses objectifs d’émissions nettes nulles. Le Canada a fait de l’hydrogène un élément clé de son plan et a conçu une stratégie visant à accroître la production d’hydrogène pour l’exportation et la consommation intérieure, et à encourager le financement, le développement et la commercialisation de technologies innovantes dans le domaine de l’hydrogène. Parmi les objectifs de la stratégie, citons :

  • Créer des centres régionaux nationaux pour la production, l’utilisation et l’exportation d’hydrogène propre;
  • Faire en sorte que l’hydrogène représente environ 30 % de la consommation énergétique nationale d’ici 2030;
  • Permettre au Canada de se classer parmi les trois premiers producteurs mondiaux d’hydrogène propre d’ici 2030;
  • Faire du Canada le premier exportateur mondial d’hydrogène propre d’ici 2050.

Le gouvernement fédéral du Canada a récemment annoncé la création d’un fonds pour les combustibles à faible teneur en carbone et à émissions nulles, doté de 1,5 milliard de dollars, afin d’accélérer la transition vers des carburants à faible intensité de carbone, dont l’hydrogène.

Les gouvernements provinciaux et les entreprises de tout le pays ont également été actifs, notamment :

  • la Colombie-Britannique - En 2018, la Colombie-Britannique a publié son programme CleanBC (disponible en anglais seulement), qui encourageait notamment le développement de l’hydrogène propre. Un an plus tard, la Colombie-Britannique a publié une étude sur l’hydrogène, qui mettait l’accent sur les carburants de transport à faible émission de carbone, les piles à combustible et les véhicules à émissions nulles. En 2020, la Colombie-Britannique a accordé 10 millions de dollars à la construction et à l’exploitation de 10 stations de ravitaillement en hydrogène dans la province, ainsi qu’un soutien à Hydrogen BC, un nouveau partenariat provincial visant à promouvoir les technologies de l’hydrogène dans la province.
  • l’Alberta - L’Alberta est riche en gaz naturel et en infrastructures et en expertise liées au transport et à la transformation connexes. L’Alberta, qui est déjà l’un des principaux producteurs d’hydrogène « gris » à partir du gaz naturel, est devenue un chef de file dans le développement et la mise en œuvre de la technologie et des procédés de captage et de stockage du CO2. Lorsque le captage et stockage du CO2 est utilisé dans la production d’hydrogène, une grande partie du sous-produit de carbone est séparée et stockée sous terre au lieu d’être émise dans l’atmosphère, ce qui donne une forme beaucoup plus propre d’hydrogène « bleu ». En mai, Suncor et ATCO ont annoncé un partenariat pour un projet potentiel de production d’hydrogène bleu de 300 000 tonnes par an, dont environ 85 % de la production serait utilisée pour répondre à la demande d’énergie existante (y compris à la raffinerie de Suncor à Edmonton, ce qui réduirait les émissions de 60 %), le reste pouvant être intégré au système de distribution de gaz naturel d’ATCO. Mercredi le 9 juin la société Air Products a  annoncé un investissement à la hauteur de 1,3 milliard de dollars pour la première phase d’un projet d’hydrogène bleu à Edmonton dans lequel on prévoit pouvoir capter jusqu’à 95 % de ses émissions de gaz à effet de serre.
  • l’Ontario - En novembre 2020, l’Ontario a publié sa Stratégie ontarienne relative à l’hydrogène à faible teneur en carbone – Document de travail dans laquelle la province a déclaré son intention de devenir une plaque tournante de l’hydrogène propre en Amérique du Nord. Enbridge et Cummins ont annoncé des plans pour un projet de mélange à Markham, en Ontario, où l’hydrogène sera introduit dans le réseau de gaz naturel existant d’Enbridge, réduisant ainsi les émissions de GES.
  • le Québec - Grâce à son abondance d’hydroélectricité, le Québec se concentre sur la production d’hydrogène « vert », c’est-à-dire d’hydrogène produit à partir d’eau en utilisant de l’électricité provenant de sources d’énergie sans carbone. Aucun GES n’est émis pendant la production ou l’utilisation de l’hydrogène vert. Le gouvernement du Québec a annoncé qu’il verserait 15 millions de dollars pour soutenir des projets d’hydrogène vert, notamment dans les secteurs de l’industrie et du transport lourd. Hydro-Québec a annoncé son intention de construire et d’exploiter en 2020 une usine d’électrolyse à Varennes. En février 2021, Evolugen et Gazifère ont annoncé une collaboration sur un projet d’hydrogène vert utilisant une usine d’électrolyse de 20 MW à Gatineau. Les parties prévoient injecter l’hydrogène produit dans le réseau de gaz naturel de Gazifère, ce qui devrait réduire les émissions de GES d’environ 15 000 tonnes métriques par année.

Les gouvernements du monde entier suivent une voie similaire.

  • Le Royaume-Uni - L’hydrogène est arrivé en deuxième position dans le « 10 Point Plan for a Green Industrial Revolution » (Plan en 10 points pour une révolution industrielle verte) de Boris Johnson. Le Royaume-Uni vise une capacité de production d’hydrogène à faible teneur en carbone de 1 GW d’ici à 2025 et de 5 GW d’ici à 2030. Les énergies renouvelables, le captage, l’utilisation et le stockage de CO2 et l’hydrogène forment un triumvirat de technologies à faible teneur en carbone à l’origine de l’aspiration du gouvernement à de nouvelles « SuperPlaces » industrielles.

    Ce rôle ambitieux pour l’hydrogène sera soutenu par une série de mesures, notamment un fonds pour l’hydrogène à taux zéro de 240 millions de livres sterling, de nouveaux modèles commerciaux pour l’hydrogène et un mécanisme de revenus pour encourager les investissements du secteur privé, qui seront dévoilés dans la stratégie et la consultation très attendues du gouvernement sur l’hydrogène plus tard cette année.

    Selon les premières indications de Whitehall, la stratégie en matière d’hydrogène adoptera une approche « tout ce qui précède », englobant la production d’hydrogène vert et bleu. Bien que le « plan en 10 points » mette en avant les électrolyseurs à membrane d’échange de protons (PEM, pour proton exchange membrane) et le projet Gigastack de la société ITM Power, basée à Sheffield, qui explore la possibilité d’augmenter la taille des électrolyseurs et d’intégrer ces unités aux installations éoliennes extracôtières, les projets de reformage du méthane à la vapeur tels que le projet H2H Saltend d’Equinor (anciennement Statoil) dans la région de Humber constituent également un élément clé de la volonté du gouvernement de créer des pôles industriels « décarbonisés ». 

    Moins prestigieux, mais d’une portée potentielle considérable du côté de la distribution, le projet HyDeploy de Cadent Gas a injecté jusqu’à 20 % (en volume) d’hydrogène dans le réseau privé de gaz naturel de la Keele University, alimentant 100 foyers et 30 bâtiments de la faculté. Le mélange d’hydrogène à 20 % est le plus élevé d’Europe et pourrait aider les exploitants de réseaux de méthane à décarboniser leurs réseaux en introduisant l’hydrogène dans le secteur du chauffage domestique britannique dominé par le gaz naturel.
  • L’Allemagne - Le gouvernement allemand a prévu une demande d’hydrogène d’environ 90 à 110 TWh d’ici 2030. Des efforts sont en cours pour construire des électrolyseurs d’une capacité totale pouvant atteindre 5 GW d’ici 2030, ainsi que la production d’énergie en mer et à terre nécessaire pour fournir l’électricité aux électrolyseurs. La National Hydrogen Strategy (stratégie nationale pour l’hydrogène) de l’Allemagne met l’accent sur le développement d’un marché intérieur pour la technologie de l’hydrogène comme première étape, reconnaissant que la majeure partie de l’hydrogène nécessaire devra être importée.
  • Le Chili - Le Chili est également en pleine transition énergétique et a annoncé en novembre 2020 sa Green Hydrogen National Strategy (Stratégie nationale pour l’hydrogène vert), qui met l’accent sur la production d’hydrogène vert pour remplacer les combustibles fossiles. La stratégie comprend plusieurs objectifs, dont la recherche d’une capacité d’électrolyse construite de 5 GW, la volonté de devenir le producteur d’hydrogène vert le plus compétitif au monde d’ici 2030 et l’un des trois principaux exportateurs d’hydrogène vert d’ici 2040.
  • Les Émirats arabes unis (EAU) - Les Émirats arabes unis et l’Allemagne collaborent activement à la recherche des possibilités offertes par la transition énergétique, en s’appuyant sur leur partenariat en matière d’énergie verte forgé en janvier 2017. En mai de cette année, les Émirats arabes unis ont annoncé la mise en service de leur première usine d’hydrogène vert en collaboration avec Siemens Energy. Le même mois, Oman a annoncé son intention de construire l’une des plus grandes usines d’hydrogène vert du monde. La société pétrolière d’État OQ SAOC, InterContinental Energy Ltd. et EnerTech du Koweït se sont associés pour ce projet de 25 GW.

Un proton, un électron et tant de possibilités

La polyvalence de l’hydrogène fait partie de son attrait. Il peut être adopté pour être utilisé dans de nombreuses applications et dans de nombreux secteurs, et comme ses produits de combustion ne sont pas des GES, il peut être mélangé au gaz naturel et à d’autres combustibles fossiles, ou les remplacer entièrement, afin de réduire ou d’éliminer les émissions de GES.

En tant que source de chaleur, l’hydrogène peut être utilisé pour remplacer le gaz naturel dans les environnements industriels, commerciaux et résidentiels. Comme indiqué ci-dessus, des projets sont en cours pour adopter l’hydrogène comme source de chaleur de remplacement dans les industries lourdes comme la production de l’acier. Dans les pays à climat froid comme le Canada qui utilisent le gaz naturel et d’autres combustibles fossiles comme source de chaleur, l’hydrogène est présenté comme une source de chaleur de remplacement potentielle, bien qu’il faille surmonter les défis associés à l’adaptabilité des infrastructures existantes de transport et de distribution du gaz naturel, entre autres.

En tant que source d’énergie, l’hydrogène a de nombreuses utilisations potentielles, notamment en tant que carburant sans carbone pour les transports grand public et commerciaux, comme indiqué ci-dessus. D’autres utilisations, comme une source de combustible de remplacement pour la production d’électricité, sont également possibles. En outre, l’hydrogène peut être utilisé dans des piles à combustible qui fonctionnent comme des batteries en ce sens qu’elles produisent un courant électrique sans combustion ni émissions de GES. Dans la pile à combustible, l’hydrogène est divisé en protons et en électrons, les électrons créant un flux d’électricité. Lorsqu’elles sont utilisées comme source de carburant dans les véhicules, les piles à combustible peuvent réduire considérablement les émissions, en particulier si de l’hydrogène vert est utilisé.

En tant que matière première, l’hydrogène gris est déjà couramment utilisé dans les processus de raffinage du pétrole et dans la production d’engrais. Des formes plus propres d’hydrogène vert et bleu pourraient supplanter l’hydrogène gris comme matière première plus propre dans les applications de valorisation et de raffinage du pétrole ainsi que dans la production d’engrais. Parmi les autres utilisations potentielles de l’hydrogène, en tant que matière de base, citons la production de méthanol.

Une autre utilisation émergente a trait au stockage d’énergie dans la production d’énergie renouvelable à partir de sources telles que le vent et le soleil. L’un des principaux défis associés à l’adoption élargie de l’énergie éolienne et solaire est l’intermittence de l’approvisionnement et les problèmes que cela pose en cas de déséquilibre de la demande d’électricité du marché. Pendant les périodes de production, mais lorsque la demande est faible, les générateurs éoliens et solaires créent souvent un surplus d’énergie qui ne peut être utilisé. À l’inverse, pendant les périodes de faible productivité, mais lorsque la demande est élevée, les générateurs éoliens et solaires ne peuvent pas produire suffisamment d’énergie pour répondre à la demande. L’hydrogène, en tant que moyen de stockage de l’énergie, peut être utilisé pour équilibrer ces déséquilibres, l’excédent d’énergie étant utilisé pour produire de l’hydrogène vert qui, à son tour, peut être stocké, puis utilisé pour produire de l’énergie pendant les périodes de forte demande. Cela apportera de la stabilité aux réseaux électriques et rendra plus viables les sources renouvelables de production d’électricité comme l’éolien et le solaire.

La polyvalence et la réactivité de l’hydrogène peuvent également faciliter la résolution de certains de ses problèmes, notamment ceux liés à son stockage et à son transport. Une possibilité est l’ammoniac, composé d’un atome d’azote et de trois atomes d’hydrogène. Bien que toxique, sa densité énergétique est presque le double de celle de l’hydrogène liquide et il est plus facile à transporter et à distribuer. Une attention particulière (notamment en Australie) est portée à l’utilisation de l’ammoniac comme moyen de rechange pour le stockage et le transport de l’hydrogène en utilisant l’électrolyse de l’ammoniac pour créer de l’hydrogène plus près de l’endroit où il sera utilisé.

Des ponts vers l’avenir

Pour l’avenir, il reste encore beaucoup à faire pour développer pleinement une économie mondiale de l’hydrogène. La compétitivité des coûts de production de l’hydrogène, par rapport aux carburants classiques, représente un défi important. En outre, il existe des défis et des lacunes en matière de technologie et d’infrastructure qu’il faudra surmonter. D’importantes avancées technologiques seront nécessaires pour rendre la production commerciale, le transport, le stockage, l’exportation et l’utilisation de l’hydrogène non seulement compétitifs en matière de coûts, mais aussi, dans certains cas, réalisables. Même avec les avancées technologiques requises, des investissements et une collaboration massifs sont nécessaires pour développer, mettre en œuvre et construire la technologie et l’infrastructure nécessaires au déploiement de l’hydrogène en tant que solution de remplacement des combustibles fossiles largement utilisée. Le développement réussi d’une économie de l’hydrogène nécessitera donc la participation active et l’investissement de tous les intervenants, y compris des partenariats stratégiques et une coopération entre les gouvernements, les industries, les concepteurs de technologies et les intervenants communautaires.

Des progrès ont déjà été réalisés. Il est d’ores et déjà évident que l’hydrogène pourrait connaître le type d’amélioration rapide des coûts observé dans les secteurs de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne et des batteries. Par exemple, le coût des électrolyseurs fabriqués en Europe et en Amérique du Nord a baissé de 40 % entre 2014 et 2019. Cependant, la prime pour l’hydrogène à faible teneur en carbone reste obstinément élevée, et devrait le rester jusqu’à ce que l’infrastructure de l’hydrogène atteigne l’échelle requise. L’investissement en capital nécessaire pour permettre la transition vers une économie de l’hydrogène est immense; il se chiffre en milliers de milliards selon certaines estimations.

Il est peu probable que les niveaux d’investissement en capital nécessaires puissent être maintenus sans un soutien direct du gouvernement. Bien qu’elle aille dans la bonne direction, l’ampleur du financement gouvernemental annoncé reste bien en deçà de ce qui sera nécessaire. Un soutien public plus important sera nécessaire, mais des niveaux politiquement plausibles de dépenses publiques pour l’hydrogène ne suffiront probablement pas à faire baisser le coût de l’hydrogène à faible teneur en carbone au point de le rendre compétitif.

Heureusement, les mesures incitatives indirectes se multiplient parallèlement aux aides publiques directes pour combler cette lacune. Les systèmes de plafonnement et d’échange, les taxes sur le carbone et d’autres régimes de tarification du carbone sont en train de s’imposer au Canada et dans le monde. L’augmentation du prix du carbone, associée à des investissements publics stratégiques visant à promouvoir les investissements dans les aspects clés de la chaîne d’approvisionnement en hydrogène, sera nécessaire pour inciter les gros émetteurs des secteurs difficiles à décarboniser à passer à l’hydrogène. Pour que l’économie de l’hydrogène devienne une réalité, il est donc tout aussi important de maintenir la stabilité des régimes politiques de tarification du carbone que de lancer des initiatives de financement ciblées.

Les investisseurs ESG (environnemental, social, gouvernance) joueront également un rôle clé. L’attention accrue que portent ces investisseurs aux politiques des entreprises publiques en matière de changements climatiques incite de plus en plus de grands émetteurs à adopter des cibles d’émissions nettes zéro d’ici 2050. Pour d’importants segments de l’économie industrielle, l’hydrogène est le seul moyen évident pour les gros émetteurs de réduire considérablement leurs propres émissions de GES. Alors qu’un soutien gouvernemental direct et des régimes de tarification du carbone solides seront nécessaires pour encourager la transition vers une économie de l’hydrogène, la nécessité de démontrer aux investisseurs ESG que les entreprises font des progrès concrets vers des cibles volontaires « d’émissions nettes zéro » incitera certaines entreprises à adopter rapidement les technologies clés de l’hydrogène, avant même que l’hydrogène à faible teneur en carbone ne soit totalement compétitif en termes de coûts. Même si le nombre d’entreprises qui expérimentent des solutions à base d’hydrogène en réponse à la pression des investisseurs ESG est faible, ce type d’adoption précoce peut avoir un effet démesuré en attirant des capitaux dans le secteur et en facilitant l’innovation.

La prochaine phase de l’histoire de l’économie de l’hydrogène sera marquée par des changements technologiques et une évolution rapide du marché. Les entreprises qui réussiront devront agir rapidement pour tirer parti des possibilités offertes par les marchés émergents et pour obtenir le financement et les partenariats nécessaires à l’extension rapide des projets. Il est probable que les entreprises voudront réduire les risques en restant exposées à plusieurs points de la chaîne d’approvisionnement en hydrogène et tester différents modèles commerciaux pour générer de la valeur dans l’économie émergente de l’hydrogène. Que ce soit par l’entremise d’acquisitions ou d’alliances stratégiques, les entreprises devront faire preuve de souplesse et de réactivité pour expérimenter et déterminer les technologies et les modèles commerciaux prometteurs qui s’avéreront efficaces à long terme. Nous pensons donc que des réseaux solides, l’innovation commerciale et la conclusion d’accords seront aussi importants que le savoir-faire technologique pour déterminer les gagnants de l’économie de l’hydrogène.

Derniers points

L’émergence d’une économie de l’hydrogène à part entière est plus réalisable aujourd’hui qu’à tout autre moment dans le passé. La croissance de l’hydrogène, et son rôle dans la transition énergétique, est rendue possible par une combinaison unique de politiques et de mesures incitatives gouvernementales favorables, d’entreprises privées innovantes prêtes à investir dans des projets pionniers et la croissance du secteur de l’investissement orienté ESG, ainsi que par les préoccupations sociétales élargies concernant les changements climatiques qui poussent les entreprises à adopter des cibles d’émissions de GES « nettes zéro ». Et dans un monde post-pandémique, où les gouvernements et l’industrie cherchent des moyens de rebondir économiquement, une économie mondiale de l’hydrogène est synonyme de possibilités mondiales, non seulement pour l’hydrogène lui-même en tant qu’exportation, mais aussi pour les technologies et le savoir-faire du secteur des services nécessaires pour soutenir l’industrie. Les pionniers et les pays disposant d’un secteur industriel solide avec des technologies et des compétences transférables, comme le pétrole et le gaz conventionnels, ont la possibilité de créer des entreprises d’hydrogène qui s’étendent bien au-delà de leurs propres frontières.

S’il est vrai que l’enthousiasme pour l’hydrogène en tant que solution de remplacement des combustibles fossiles a connu des hauts et des bas par le passé, nous n’avons jamais vu autant de développements positifs se produire en même temps. En effet, l’heure de l’hydrogène a sonné.

Pour plus de renseignements sur l’hydrogène ou la transition énergétique, veuillez communiquer avec l’un des auteurs de ce bulletin ou un membre de l’équipe de conseillers en énergie hydrogène de Fasken.

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