En ce début d’année 2026, les entreprises canadiennes se retrouvent dans une nouvelle ère du commerce international, engendrée par les changements dans la politique commerciale américaine et la réponse protectionniste du Canada, notamment les tarifs de rétorsion et les restrictions à l’importation. La rapidité et l’ampleur de ces transformations ont fortement mis à l’épreuve les activités commerciales et les chaînes d’approvisionnement des entreprises canadiennes.
Les entreprises canadiennes peuvent s’attendre à continuer de devoir composer avec un environnement commercial changeant et avec de l’incertitude en 2026. Afin d’aider ces entreprises à se préparer à cette période incertaine et à la traverser avec succès, nous avons analysé les principaux développements en matière de commerce international qui risquent de marquer l’année à venir.
Voici quelques-uns des aspects à surveiller :
- Les tarifs et contre-tarifs en vigueur;
- L’examen de l’ACEUM;
- La nouvelle ère de protectionnisme canadien;
- Les dossiers antidumping;
- Les occasions de diversification commerciale;
- Le commerce avec la Chine.
Tarifs et contre-tarifs en vigueur
En 2025, les tarifs douaniers ont occupé une place centrale dans le commerce international. Bien que de nombreuses exportations canadiennes n’aient pas été touchées par les tarifs américains, des secteurs d’exportation clés souffrent énormément, notamment le bois d’œuvre, l’acier, l’aluminium, les produits en cuivre et les pièces automobiles. Les importateurs canadiens continuent de subir les effets des tarifs de rétorsion canadiens, qui restent en vigueur pour un large éventail de produits en acier et en aluminium d’origine américaine.
En 2026, la Cour suprême des États-Unis se prononcera sur la légalité de l’utilisation par le président Trump de la loi sur les pouvoirs économiques en cas d’urgence internationale (International Emergency Economic Powers Act; IEEPA) pour imposer des tarifs afin de résoudre des problèmes de sécurité nationale (comme la prétendue contrebande de fentanyl). La décision de la Cour suprême des États-Unis pourrait compromettre la capacité de l’administration américaine à imposer certains tarifs et donc avoir des effets importants pour les pays touchés par les tarifs dits « réciproques ». Cependant, cette décision aura probablement peu d’effets positifs pour les marchandises canadiennes, déjà exemptées au titre de l’IEEPA, car les tarifs américains qui causent le plus de dommages au Canada sont imposés en vertu de l’article 232 de la loi sur l’expansion du commerce (Trade Expansion Act, 1962) et ne seront donc pas modifiés.
Les secteurs d’exportation clés du Canada continueront sans doute de devoir composer avec les tarifs américains en vigueur et en expansion en 2026, tandis que les tarifs de rétorsion canadiens resteront probablement en place tant que les tarifs américains seront maintenus. Les entreprises devront donc évaluer de manière critique leurs chaînes d’approvisionnement afin de tenir compte des risques liés aux tarifs en cours et en évolution et prendre des mesures pour se protéger.
Examen 2026 de l’ACEUM
Les modalités de l’ACEUM exigent que le Canada, le Mexique et les États-Unis se rencontrent en 2026 pour effectuer un « examen conjoint » de l’accord, au cours duquel les parties pourront formuler des recommandations et décider des modifications à apporter à l’accord. Les parties auront également la possibilité de reconduire l’ACEUM au-delà de son expiration, prévue en 2036, à défaut de quoi elles devront se réunir annuellement jusqu’en 2036.
On peut s’attendre à ce que les États-Unis profitent de cet examen conjoint pour aborder les principaux points de friction commerciaux avec le Canada, dont la gestion de l’offre, la Loi sur la diffusion continue en ligne et la Loi sur les nouvelles en ligne, ainsi que les politiques d’approvisionnement restrictives qu’ils estiment désavantageuses pour les fournisseurs américains. De son côté, le Canada cherchera à obtenir un allègement des tarifs qui touchent ses secteurs d’exportation clés.
Le processus d’examen conjoint de l’ACEUM et la renégociation continue de ses modalités en temps réel ajouteront une nouvelle couche d’incertitude pour les entreprises canadiennes qui font des affaires avec les États-Unis. Le Canada devra se poser des questions plus larges concernant la valeur de ses relations commerciales avec les États-Unis dans une ère de tarifs renouvelés et commencer à envisager un avenir « post-ACEUM » si les États-Unis n’expriment pas leur intention de prolonger l’accord.
Les entreprises canadiennes peuvent suivre l’évolution de la situation en s’inscrivant à notre liste de diffusion sur le commerce international.
Nouvelle ère de protectionnisme canadien
Le Canada prend de plus en plus de mesures protectionnistes pour soutenir l’industrie canadienne, qui a perdu son accès essentiel au marché américain, ainsi que pour répondre aux préoccupations concernant des pratiques commerciales déloyales. Par exemple, en 2025, le Canada a annoncé ce qui suit :
- Un contingent tarifaire sur les importations de produits d’aciérie, dont certains peuvent être importés à un taux de droit de douane faible ou nul si leur quantité ne dépasse pas un certain seuil, au-delà duquel ils sont assujettis à une surtaxe de 50 %;
- De nouveaux tarifs mondiaux de 25 % sur certains produits dérivés de l’acier, tels que les tours pour éoliennes, les ponts et les éléments de ponts, les câbles et les vis;
- Une nouvelle politique fédérale « Achetez canadien », qui prévoit des mesures visant à privilégier les fournisseurs et les matériaux canadiens dans certains achats stratégiques, ainsi que diverses restrictions provinciales sur l’approvisionnement en biens américains ou auprès de fournisseurs américains.
- Des mesures visant à encourager l’utilisation de l’acier et du bois d’œuvre canadiens, comme du financement pour les chemins de fer qui permet d’allouer un rabais de 50 % sur les expéditions interprovinciales d’acier et de bois d’œuvre au Canada.
La tendance au protectionnisme devrait se maintenir en 2026, alors que le Canada cherchera à s’adapter à un environnement commercial mondial en évolution.
Les nouvelles mesures protectionnistes et la rapidité avec laquelle elles sont mises en œuvre et renforcées peuvent créer des risques accrus pour les chaînes d’approvisionnement canadiennes, en particulier celles qui impliquent des intrants issus de l’acier. Les entreprises devront donc examiner attentivement les risques et envisager des stratégies d’atténuation pour leur approvisionnement en produits.
Risque croissant de mesures antidumping et compensatoires
En 2026, nous verrons probablement autant de recours commerciaux qu’en 2025, qui a été l’année la plus occupée en matière de recours commerciaux au Canada en plus de 20 ans. Cette augmentation reflète les préoccupations concernant les excédents de capacité mondiaux, le détournement causé par les tarifs, le renforcement de l’application des mesures par l’ASFC et les pressions croissantes sur l’industrie canadienne.
L’utilisation accrue du mécanisme de recours commerciaux et les droits de douane (souvent) élevés découlant des dossiers acceptés augmentent les risques associés à l’importation pour les entreprises canadiennes, ainsi que le risque qu’elles soient impliquées dans des litiges en matière de recours commerciaux. Il peut être difficile d’atténuer la responsabilité découlant de droits antidumping et compensatoires une fois qu’elle a été encourue, d’où la nécessité pour les entreprises de se tenir au courant des développements afin de faire de leur mieux pour réduire le risque de responsabilité avant qu’il ne se concrétise.
Diversification commerciale et nouvelles occasions pour les entreprises canadiennes
La perte de l’accès au marché américain a donné lieu à de nouveaux efforts pour diversifier les relations commerciales du Canada, notamment avec ses partenaires nationaux et internationaux. Par exemple, en 2025, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont négocié l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle sur la vente de produits, qui réduit les obstacles à la vente de produits dans tout le Canada en permettant que les produits couverts, pouvant être vendus légalement dans une province ou un territoire, puissent être vendus dans tout le Canada sans avoir à satisfaire à d’autres exigences.
De nouveaux marchés internationaux pour les produits canadiens ont aussi été recherchés. Par exemple, en 2025, le Canada a pris les mesures suivantes :
- Signature d’un nouveau traité commercial avec l’Indonésie;
- Relance des négociations commerciales avec l’Inde;
- Lancement de négociations commerciales et signature d’un nouvel Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) avec les Émirats arabes unis;
- Ouverture de consultations sur la relance des négociations d’un accord commercial avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay);
- Annonce de l’intention d’entamer des négociations en vue d’un accord commercial avec la Thaïlande.
Les entreprises devraient évaluer les nouvelles possibilités offertes par les efforts de diversification commerciale, participer aux consultations sur les nouveaux accords commerciaux et vérifier si elles peuvent bénéficier d’un traitement tarifaire préférentiel ou d’autres protections conférés par les accords commerciaux existants, comme l’AECG et le PTPGP.
Commerce avec la Chine
Même si la Chine est le deuxième partenaire commercial le plus important du Canada, les relations ont récemment été assombries par des tarifs de représailles, notamment :
- Les tarifs canadiens sur les véhicules électriques chinois, qui ont été mis en œuvre en 2024 à des fins d’harmonisation avec les tarifs américains et de protection de l’industrie canadienne des véhicules électriques alors naissante, concentrée en Ontario;
- Les tarifs canadiens sur les produits sidérurgiques et en aluminium chinois imposés en 2024 et élargis en 2025;
- Les tarifs chinois sur l’huile de canola et les graines de canola, qui ont surtout eu des répercussions dans l’Ouest canadien.
Malgré les tensions récentes, le désir du Canada de réduire sa dépendance à l’égard du commerce avec les États-Unis combiné aux retards et aux annulations des investissements dans les véhicules électriques pourrait créer une occasion pour le Canada et la Chine de résoudre leur différend commercial.
L’amélioration des relations commerciales entre le Canada et la Chine pourrait avoir des implications importantes pour le Canada. La Chine cherchera sans aucun doute à obtenir un allègement tarifaire de la part du Canada, en particulier en ce qui concerne les véhicules électriques, tandis que les secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie du Canada devraient pouvoir bénéficier de manière significative de l’assouplissement des tarifs chinois.
Tout compromis entre Ottawa et Pékin pourrait également avoir d’importantes conséquences au pays – les avantages et les coûts étant répartis de manière inégale entre les provinces – ainsi que sur les négociations du Canada avec les États-Unis dans le cadre de l’examen conjoint de l’ACEUM.
Conclusion
En ce début de 2026, les entreprises canadiennes peuvent s’attendre à devoir composer avec un environnement commercial changeant, qui continue de poser son lot de défis. Compte tenu de la rapidité des nouveaux développements, il est plus important que jamais pour les entreprises de surveiller l’évolution de la situation, d’évaluer rigoureusement leurs chaînes d’approvisionnement et d’envisager des stratégies d’atténuation des risques, notamment en saisissant de nouvelles occasions de croissance.
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